Croyance populaire : les arbres à loques   Leave a comment

C’est une croyance populaire où il est accroché sur l’arbre des vêtements, des béquilles. L’arbre est censé recevoir le mal, les puissances maléfiques.
Les loques sont des pièces de vêtement d’une personne malade que l’on cloue sur l’arbre en vue d’une guérison. On trouve aussi des loques accrochées à des grilles de chapelles, à des calvaires, près de fontaines également.
Le culte des arbres est très ancien. Jadis, il y avait des forêts sacrées, les arbres furent souvent christianisés par une bénédiction ou l’installation d’une image pieuse. Les arbres ont aussi été crus capables d’aider les hommes à régler leurs problèmes, notamment de santé du fait de leur longévité. De nombreuses coutumes existent : mordre l’écorce, faire le tour de l’arbre, nouer des branches, enfoncer des clous pour clouer le mal, nouer des linges ou des tissus pour nouer le mal. (L’importance de l’arbre dans les cultes, Chapelles n°29, décembre 1992, p 4 à 7, Bruno de Foucault)
Appelés « arbres à poux », ces arbres sont très vieux ou très grands. Isolés dans la campagne ou près d’une source, souvent un tilleul, un orme ou un frêne. Ils abritent à hauteur d’hommes une petite niche en planche avec toit triangulaire, clouée sur l’arbre et grillagée, abritant une statuette de la Vierge. On y venait pour obtenir une guérison ou remercier d’une grâce. Au pourtour ou aux branches, des chapelets, des béquilles, bandes de tissus ou médailles. (Le folklore du Cambrésis, coutumes et traditions populaires, Amiens, musée de Picardie, p 101, de Géry Herbert)
L’étude des arbres à clous, des arbres à loques, des chapelles, des calvaires souffre d’un certain dénigrement de la part des chercheurs en sciences sociales. Ils constituent un objet d’étude marginal par rapport aux pratiques des guérisseurs et de la sorcellerie.
Les arbres à clous ainsi que les guérisseurs d’hier et d’aujourd’hui ont fait l’objet d’un travail de terrain à l’Université de Liège  http://www.ulg.ac.be  et aussi  http://www.ulg.ac.be/le15jour/125/S05.html L’ouvrage en question peut être commandé à l’adresse suivante : http://www.bastogne.be/piconrue/   au musée en Piconrue (art religieux et croyances populaires en Ardenne et Luxembourg)
Une étude récente traitant des arbres à clous a fait l’objet d’une publication dans le bulletin « Enquêtes du Musée de la Vie wallonne » Cour des Mineurs  4000 Liège. Il s’agit d’un article « les arbres à clous de Wallonie : quelques remarques concernant une pratique apparemment archaïque  » écrit par Olivier Schmitz, spécialiste en antropologie culturelle de l’Université de Louvain-la-Neuve, paru en 2005 (Tome XX, fascicules 241 à 244)  http://www.liege.be/visitelg/musees/noncommu/viewallo.htm                                             
Ci-après, quelques informations sur Olivier Schmitz 
http://centres.fusl.ac.be/ces/document/WEBCES/MEMBRES_Index/SCHMITZOlivier.html
La pratique mais aussi la communication,la connaissance de cet ancien culte se perdent et force est de constater les difficultés que je rencontre pour obtenir des infos, des photos, des explications de tel arbre ou telle chapelle, etc… sur telle ou telle commune. La question posée n’est pas d’y croire ou pas mais  bien celle de respecter le culte, la croyance et de la faire connaître et si possible de la faire vivre. Le culte de l’arbre à loques aurait son origine païen (adepte des cultes polythéistes de l’Antiquité) par opposition à chrétien. Polytéisme : religion qui admet l’existence de plusieurs dieux.
« L’Eglise a christianisé les arbres, objets de cultes « païens », faute d’avoir pu faire disparaître le culte ancien qui s’y rattachait » page 12, « croyance et cultes populaires en Picardie » Yvan Brohard et Jean François Leblond. Toujours à la page12 du même ouvrage, il est écrit  » le culte des démons » »empêchez le culte des arbres et des idoles, de même que les sacrifices d’animaux. N’est-il pas affreux d’entendre dire que plusieurs chrétiens vont aux églises sans renoncer au culte des démons : c’est cependant ce qu’on nous a rapporté. Cette conduite déplaît à notre Dieu qui veut qu’on soit entièrment à lui : ne permettez pas que ces abominables coutumes subsistent longtemps parmi vos sujets : ayez soin de les réprimer dans la crainte que le sacrement du saint baptême, loin d’opérer le salut, ne contribue à leur attirer des châtiments éternels » Lettre du pape Saint Grégoire à la reine Brunehault, en 598. Il faut savoir que l’église s’éleva dans les pratiques des croyances et cultes anciens. Toujours à propos de la trace des anciens cultes, il est écrit, toujours dans le  même ouvrage référencé ci-dessus, page 7  « le second concile de Tours en 567, rapporte Dom Grenier, commande aux prêtres de « chasser de l’église quiconque ira porter ses voeux aux pierres, aux arbres et aux fontaines ». Charlemagne reprendra la même interdiction dans dieux capitulaires ».
Au début du Moyen Age, à partir du 7e siècle, une vague de prédicateurs apparaît. « Les saints offrent le modèle d’une vie exemplaire, ils accomplissent des miracles de leur vivant, d’autres s’opèrent autour de leurs reliques. Rien d’étonnant à ce qu’on les invoque très vite dans un rôle de protection. Les individus, les corporations de métiers, les villes, des régions entières même vont ainsi se réclamer d’un saint, parfois de plusieurs qu’ils vénéreront pendant des siècles. Protection, mais aussi guérison : les « saints guérisseurs » se multiplient, spécialisés le plus souvent, mais quelquefois universels surtout lorsqu’il s’agit d’endiguer les grands fléaux, les « pestes », c’est le cas de saint Roch ou de saint Sébastien. Protéger les personnes et les biens, guérir hommes ou animaux, c’est le rôle dévolu aux saints mais aussi à Marie. Combien de découvertes en Picardie de vierges miraculeuses ! Notre-Dame de Brébières, de Mont-filières, de Nampty… » informations extraites de l’ouvrage « croyances et cultes populaires en Picardie » de Yvan Brouhard et Jean François Leblond, pages 5 et 6.
Quand le christianisme se répandit en Gaule, les prédicateurs de la nouvelle religion s’efforcèrent de christianiser les pratiques paiennes qu’ils ne pouvaient supprimer. C’est ainsi qu’une statue du christ flagellé venant de Gembloux fut sans doute mise à la place d’un arbre sacré.
Cette étrange habitude de suspendre des chiffons, de vieilles défroques aux arbres remonte à la plus haute antiquité. Il semblerait que les arbres à loques remplissaient un rôle, de visible aussi loin que possible, pour marquer des jalons, un territoire, sauvegarder des limites dans l’antiquité romaine.
Le magazine « Sciences et Avenir » d’Aout 2007, a traité d’un dossier intitulé : « La France des mystères et croyances »  (Grottes païennes, pierres à sacrifices, châteaux alchimiques, arbres sacrés : des dizaines de lieux décryptés par les scientifiques). Dossier réalisé par Bernadette Arnaud, Oliver Hertel, Dominique Leglu et Rachel Mulot, Pages 40 à 61.
Quelques extraits de l’article de Bernadette Arnaud, magazine « Sciences et Avenir » Aout 2007  « dans le secret des cultes populaires « : « souvent disqualifiés par les élites, ces cultes populaires sont relégués alors qu’ils nous entourent au quoitidien » confie Giordana Cheruty, directrice du Laboratoire d’ethnologie religieuse de l’Europe, à l’Ecole pratique des hautes études à Paris. « Nous refusons tout simplement de les voir, et la crainte du ridicule fait le reste ». Page 42,43, Sciences et Avenir Aout 2007
« Pour tenter de mettre fin à ces croyances et superstitions « païennes », l’Eglise trouvera une parade. Le canon 23 du concile d’Arles (452) est clair : « s’il se trouve que, sur le territoire d’un évêque, des gens infidèles à leur foi allument des petites torches ou vénèrent des arbres, des fontaines ou des pierres, et que l’évêque néglige d’extirper cette superstition, que celui-ci sache qu’il est coupable de sacrilèges… » Page 43, Sciences et Avenir Aout 2007
« Dans l’Antiquité, Jules César n’évoquait-il pas déjà les étranges cérémonies qui se déroulaient dans les profondes forêts des Gaules, telle l’assemblée annuelle des druides dans le bois des Carnutes ? Dès le commencement de l’ère chrétienne, de nombreux cultes sont attestés. Certains sont dédiés aux arbres, d’autres à l’eau ou bien encore au feu, comme le rappellent les historiens James Eveillard et Patrick Huchet » Page 43, Sciences et Avenir, Aout 2007
Quelques extraits de l’article d’Oliver Hertel, magazine Sciences et Avenir, Aout 2007 « Sacrés arbres » : « L’arbre est l’objet idéal d’un tel culte. Avec ses racines qui plongent dans la terre et ses branches projetées dans le ciel, il représente le lien entre les hommes et les dieux. Un canal de communication privilégié qui, du coup, voit passer une kyrielle de messages aux contenus pour le moins variés : bonheur, chance, argent, fécondité, sané, etc… Mais le thème qui domine largement est celui de la santé » Page 50, Sciences et Avenir, Aout 2007
« Les religions ne sont pas les seules à supporter cette cohabitation forcée entre superstition et culte officiel. La médecine conventionnelle doit depuis longtemps composer, elle aussi, avec ces arbres « thérapeutes ». « Dans le passé, notamment dans les campagnes bretonnes, les malades allaient faire une offrande à l’arbre avant de rendre visite au médecin. Aujourd’hui, la pratique se perpétue, même si l’ordre s’est inversé avec les progrès de la médecine. Le médecin en premier, puis l’arbre quand il n’y a plus d’espoir ! » raconte James Eveillard. Page 50, Sciences et Avenir, Aout 2007
Culte : hommage rendu à Dieu, à une divinité, à un saint. Cérémonie, pratique par laquelle on rend cet hommage.
Croyance : Fait de croire à la vérité ou à l’existence de quelque chose.
Dévotion : Accomplir ses devoirs religieux
D’après Olivier Schmitz(auteur d’une étude : les arbres à clous de Wallonie : quelques remarques concernant une pratique apparemment archaïque), le recours aux arbres guérisseurs de wallonie a toujours été le fait de pratiques individuelles ou en petits groupes, ce qui va à l’encontre de la définition même du culte, comme pratique collective (page 422, Enquêtes du musée de la vie wallonne,Tome XX, numéros 241-244).
Toujours d’après Olivier Schmitz, les observations effectuées auprès de tels arbres ont plutôt montré que les actes dont ils faisaient l’objet étaient très diversifiés et ne reposaient pas forcément sur l’idée d’une transmission de la maladie à l’arbre (page 421,bulletin Enquêtes du musée de la vie wallonne, Tome XX, numéros 241-244) Une attention toute particulière portée aux objets cloués sur le tronc de ces arbres nous apprend qu’on leur rend visite pour de toutes autres raisons que des problèmes de santé. En effet, on y trouve également des bulletins de lotto, des chapelets, etc… Lors de notre dernière visite au chêne de Herchies, nous y avons recopié une lettre, adressée à l’arbre, exprimant une demande de protection d’une future mère contre tout le travail occulte qui pourrait l’atteindre, elle et son enfant. La lettre était accompagnée du cliché d’une échographie de l’enfant à venir. De pareils documents sont évidemment fort intéressants pour comprendre l’attitude psychologique de ceux qui s’adressent à l’arbre et montrent bien que les pratiques qui s’accomplissent sur ces arbres ne se limitent pas à des actes de transfert de maux et de maladies (page429 à 431, bulletin Enquêtes du musée de la vie wallonne, Tome XX, numéros 241-244)
Continuité et évolution du recours thérapeutique aux arbres, Olivier Schmitz, écrit : « le recours thérapeutique aux arbres s’inscrit dans cet ensemble hétéroclite de pratiques auxquelles adhèrent néammoins de nombreuses personnes de manière complémentaire ou additive à la biomédecine, selon des formes de combinaison très diversifiées et souvent étonnantes. On a ainsi pu voir clouées sur le tronc de plusieurs arbres à clous des boîtes de médicaments, ce qui semblerait indiquer qu’ils sont parfois visités pour favoriser le bon fonctionnement d’un traitement médicamenteux. Mais on peut également inclure dans cet ensemble de pratiques le recours aux sources et aux fontaines, les invocations aux saints guérisseurs et la fréquentation des diverses catégories de guérisseurs. Toutes ces pratiques, qui se sont adaptées à la modernité et qui ont survécu aux tranformations profondes du monde rural dont elles sont issues en grande partie, véhiculent des conceptions de la santé et de la maladie comme étant soumises à des influences invisibles et ambivalentes qui agissent directement sur le corps humain et en déterminent le bon fonctionnement » (page 425, bulletin Enquêtes du musée de la vie wallonne, Tome XX, numéros 241-244)
Quant aux facteurs qui pourraient expliquer l’abandon de certains arbres, Olivier Schmitz, indique qu’il faut certainement prendre en compte l’évolution de la mobilité des habitants des zones rurales et la délocalisation des pratiques qu’elle entraîne. Aujourd’hui, force est de constater que les aînés n’occupent plus la place qu’ils avaient autrefois dans les sociétés paysannes. Ainsi, l’augmentation de la mobilité des personnes âgées vers les zones urbanisées a certainement joué un rôle important dans l’abandon de certaines pratiques de soins qui se transmettaient généralement de parents à enfants. C’est donc l’entièreté du cadre familial de la transmission de ces savoirs thérapeutiques qui s’est modifié, ce qui s’illustre dans de nombreux domaines, par exemple, par le fait que ce ne sont plus les grands-parents qui ont la charge des jeunes enfants lorsque leurs parents travaillent en journée, mais des personnes extérieures à la famille. (Page 426, bulletin enquêtes du musée de la vie wallonne, Tome XX, numéros 241-244)
Toujours d’après Olivier Schmitz :« Mais l’évolution de la structure familiale n’est pas la seule transformation qui a touché les populations rurales au cours des dernières décennies. En effet, sous la pression de divers facteurs socio-économiques, les conditions de production et d’existence ont fortement évolué, de sorte qu’on ne peut plus appréhender la campagne wallonne comme une communauté domestique organisée autour de la production agricole. Cette transformation a certainement eu des conséquences importantes sur les croyances et les coutumes traditionnelles dans le sens où leur cadre social de référence s’est radicalement transformé. En même temps, la sédentarité qui caractérisait la population rurale d’autrefois n’est plus vraiment de mise aujourd’hui et les villages wallons ont été progressivement investis par des individus provenant d’autres régions, ce qui a eu également une influence sur les réseaux d’interconnaissance au sein desquels circulaient ces remèdes » (Page 427, Bulletin des Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, Tome XX, numéros 241-244)
 
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Publié 25 juin 2008 par mmaurou dans Non classé

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